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Les fantômes de neige du Parc national des Monts-Valin

22 février 2019

Le Parc national des Monts-Valin situé dans la région du Saguenay Lac-Saint-Jean tire sa renommée de son impressionnante randonnée : celle de la vallée des fantômes. La neige y est si abondante qu’elle habille ces grands sapins et dessine un décor enchanteur, presque irréel à la limite du fantasmagorique. Une carte postale aux images de Grand Nord. Je vous raconte ici cette ascension singulière !

 

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Elle est LA randonnée que j’attendais de vivre depuis des semaines. Trois cents mètres de dénivelé constant, des fourmillements dans mes cuisses, des picotements aux orteils, des sueurs chaudes. Après une heure de marche nous avons atteint le pic Dubuc, le point culminant à 984 mètres du Parc national des Monts-Valin. En haut un décor surprenant nous attend : celui des fantômes de neige et des momies. Récit de cette randonnée pas comme les autres réalisée dans des conditions climatiques extrêmes. 

 

Lundi 28 janvier, 11 heures, -30 degrés

Il est 11h lorsque “le Fantôme Express” nous dépose au début de la randonnée. De là, trois bons kilomètres nous attendent. Une pente constante qui ne me fait, au premier abord, pas réellement peur. Les températures affichent un négatif extrême et le froid me saisit littéralement la chair et les os en sortant du véhicule à chenilles. J’enfile rapidement ma cagoule pour ne pas perdre mon nez ou sentir les stalactites pousser dans le fond de mes narines. Il fait sacrément froid mais le temps clair, bleu et pur est de notre côté, on ne va pas se plaindre. Je suis excitée comme une puce de faire cette hike, bien qu’elle ne soit pas difficile, je sais que le froid risque d’entacher notre progression. Après moultes réflexions de l’équipement à prendre ou non, il est grand temps d’enfiler ses raquettes et de se lancer à l’assaut des 984 mètres du Pic-Dubuc. 

Bien que j’aime marcher, je n’étais pas préparée à randonner dans des conditions aussi extrêmes. J’hésite à sortir mon appareil photo qui pourrait ne pas tenir. Mais je suis tiraillée par cette envie de tout photographier. Chaque pente, chaque virage, chaque sapin. Ce ne sont pourtant pas encore les fameux fantômes de neige mais mon œil photographique s’emballe déjà et je peine à me raisonner quand mes mains sont à l’air libre et glacées . Ces brises semblent m’entailler la peau comme de fines petites lames d’acier. Ben avance pour imposer un rythme de croisière à suivre. Il le faut. 

 

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Les vues se dégagent progressivement et comme à mon habitude mon satané toc revient. Je ne peux pas m’empêcher de regarder derrière moi. C’est quelque chose de chronique que je fais quotidiennement. J’aime jeter un œil par-dessus l’épaule. Est-ce que ça signifie quelque chose de spécial ? Est-ce que c’est censé traduire quelque chose de mon caractère ? Du genre, je suis une fille nostalgique qui préfère regarder le passé plutôt que l’avenir ? À cet instant précis, je veux surtout ne pas en manquer une miette car j’ai peur qu’au retour les nuages viennent assombrir ces sapins aux mille éclats. Ces paysages pour beaucoup seraient à peu près les mêmes, mais à chaque minute que le soleil tourne, j’en découvre un nouveau. Encore, encore. Inlassablement. Ces petites pauses, ce serait nier une certaine évidence, me permettent aussi de reprendre mon souffle, de calmer les battements de mon cœur qui avec le dénivelé et la pression des vêtements techniques s’intensifient, s’accélèrent. Mon cœur semble imploser. Et je ne sais pas si à cet instant T, je suis à chemin entre l’extase ou aux abois. 

À chaque 100 mètres de grimpé, c’est 1.6 degrés qu’on perd. -36 ou -38 qui verrait la différence ? Ma chair, elle, la vit, la ressent, la subit. C’est dur mais on ne fera plus marche arrière. Cette randonnée j’en rêve depuis des semaines. Atteindre le sommet. Déambuler comme un fantôme et danser autour de ces créatures étranges. On reprend nos esprits, nos souffles et on rassasie nos estomacs au refuge de mi-parcours. Mais pas le temps de traîner. 

Comme des gardiens, certaines de ces créatures se courbent le long du dernier passage. D’autres semblent céder sous le poids. Certaines restent robustes et bien droites. Presque indifférentes. C’est la dernière ligne droite. L’impression de rentrer chez quelqu’un. Je ne suis plus voyageur, je me sens comme visiteur. Impossible d’échapper à cette sensation de personnification. Ces sapins, ces grands hommes, ces humbles sages qui murmurent à qui ose prêter attentivement l’oreille. Il suffit de s’arrêter, d’oublier le froid quelques instants et de se pencher vers eux. L’écho des raquettes rompu, on entend ce silence monacal pour enfin entr’écouter ces craquements qui se mettent timidement à résonner. Le bois rugit. Ces fantômes de neige, parlent. Nous parlent. Ils nous souhaitent la bienvenue, nous mettent en garde peut-être. J’aime m’imaginer être arrivée dans un autre monde. C’est ça en réalité, un autre monde !

On reprend la route pour arriver au sommet, finalement. Le vent souffle de toutes ses forces. Les températures affichent -42. Je n’ose imaginer le vrai ressenti. On l’a fait. On y est. On jette un œil à la vue qui en vaut la peine, on se prend en selfie, parce qu’on ne manquerait pas d’immortaliser cet instant, cet exploit, notre petite réussite. Et on se met à marcher dans la poudreuse pour s’éloigner des tracés. On ne sait pas ce qui nous attend par-dessous nos raquettes. C’est l’inconnu, c’est le vide aussi. C’est le silence malgré le bruit du vent. C’est la sérénité malgré la douleur. C’est la beauté sincère dans le plus vierge des habits. 

 

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“L’écho des raquettes rompu, on entend ce silence monacal pour enfin entr’écouter ces craquements qui se mettent timidement à résonner. Le bois rugit.”

 

 

Je me mets à prendre en photo ces fantômes, j’en oublie mes douleurs. C’est un piège inévitable que je me tends à moi-même. Un peu comme l’alcool qui évanouirait nos affres. Je ne sens plus la douleur car je suis passée dans une autre sphère, une autre phase. Mon esprit s’est totalement dissocié de mon corps criant et à bout. Je suis là, à imaginer ces fantômes comme des cônes de glace – chantilly figés par le temps. Impossible de le lire mais derrière ma cagoule se dessine un sourire de gosse comblé.

 

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Presque une heure plus tard, je ne me rends même pas compte du temps que je suis restée à planer. Une heure c’est court, si court, mais par -42 c’est en réalité très long pour notre résistance corporelle. Benjamin me tanne pour faire demi-tour. Il est temps de rentrer dès lors qu’il ne sent presque plus ses pieds. C’est difficile de quitter ces lieux, empreints d’une certaine magie. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Je préfère rebrousser chemin alors qu’il est encore temps avant que mon corps ne flanche, cède sous le froid pénétrant et que mes derniers beaux souvenirs se dissipent pour ne laisser que de la douleur et des regrets. 

Dans la descente, ces blancs bruts ont laissé place à des roses pastels enrobant la vallée de douceur. Difficile de s’imaginer la dureté du temps quand le ciel nous offre ses plus belles couleurs d’hiver. Quatre bonnes heures dans le froid, mon appareil ne tient plus, les batteries m’ont définitivement lâchées. Je garde ces images dans un petit coin de ma mémoire visuelle et vous laisse imaginer cette fin de journée extraordinaire au cœur du Parc national des Monts-Valin ! 

Il est certain qu’il n’est pas nécessaire de gravir 3 000 mètres pour réaliser quelque chose de grand. Il n’y a pas de petit exploit. Bien qu’elle soit “petite” finalement si on ne regarde que les chiffres de dénivelé, cette randonnée dans la Vallée des fantômes se place haut, très haut, dans la liste de mes hikes préférées

J’espère que ce récit ne vous fera pas fuir, au contraire et vous donnera à votre tour l’envie de vous surpasser. 

 

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Randonner au Parc national des Monts-Valin : 

— le départ de la randonnée pour la vallée des fantômes se fait soit depuis le centre de découvertes et de services, comptez 14km. Soit depuis le secteur Baie d’Alexis (ici 3km de randonnée). Pour vous y rendre il faudra prendre le Fantôme Express (seulement 3 départs par jour, renseignez-vous des horaires fixes). Réservez à l’avance car peu de places ! 

— Randonnée Vallée des fantômes : 6,5 kilomètres AR ; D+ 330 m ; Pic-Dubuc 984 mètres

— le Parc national des Monts-Valin est un parc du réseau Sépaq il faudra donc s’acquitter d’un droit d’entrée de 8,60$

— les sentiers hivernaux sont à retrouver ici.

— les chalets EXP (que j’adore) sont à partir de 127$ / nuit. Le parc a édité son propose jeu de carte “le randonneur”, un petit coup de cœur pour passer une belle soirée au coin du feu en amoureux ou entre amis.

— randonnée extraordinaire à faire lors de votre voyage au Québec ! 

— Il faut savoir que c’est la région du Québec (particulièrement dans le secteur du Parc national des Monts-Valin) qui reçoit le plus de précipitations annuelles, d’où la neige extrêmement abondante. 

— je vous renvoie à mon article spécial équipement grand froid pour vous faire une idée de ce qu’il faut porter pour des températures extrêmes.

— ici pour plus d’infos sur la région Saguenay-Lac-Saint-Jean

 

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 A R E  Y O U  O N  P I N T E R E S T ?

Envie de randonner au cœur du Parc national des Monts-Valin dans la région du Saguenay Lac-Saint-Jean ? Garde notre article de côté sur Pinterest et suis-nous là-bas pour d’autres inspirations voyage !

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13 Comments

  • Reply Anne 22 février 2019 at 10 h 16 min

    On entend presque le silence! j’adore!

  • Reply argone 22 février 2019 at 20 h 55 min

    ça doit faire du bien de se réchauffer après une sortie comme ça ! vous deviez être bien congelés les loulous ! super photos comme d’habitude !

  • Reply Solene Charpentier 22 février 2019 at 21 h 41 min

    Les photos sont vraiment magnifiques ça me rappelle la Laponie ! Et avec le texte tu arrives bien à nous transmettre le froid alors qu’ici on dirait déjà le printemps :) A très vite Solène

  • Reply Laurent 23 février 2019 at 16 h 37 min

    Voilà, je pense, une fois de plus un récit qui tant à confirmer que j’aime les destinations froides voir très givrées… derrière un écran ;-) Les images et le récit donnent envie c’est vrai, mais bien que n’étant pas frileux, le grand froid et moi, on n’est pas les meilleurs potes :-)

  • Reply Laura 24 février 2019 at 11 h 28 min

    Très joli récit qui donne bien envie d’aller au dela de ma peur du froid . Vibrant témoignage.

  • Reply Cosmic Sam 24 février 2019 at 20 h 34 min

    Les paysages (et les photos) sont vraiment magnifiques!

  • Reply Ornella 24 février 2019 at 21 h 21 min

    Quelle fabuleuse poésie qui se dégage de ces photos, c’est époustouflant.

  • Reply Corpus Voyage 25 février 2019 at 7 h 40 min

    C’est absolument magnifique, ton récit et ces photos donnent envie d’y aller pour voir soit même ce paysage à couper le souffle. Je l’ajoute dans ma to do list sans plus tarder !

  • Reply Diana 25 février 2019 at 12 h 39 min

    Magnifique, merci de partager votre expérience!

  • Reply Mademoiselle Scintille 28 février 2019 at 22 h 53 min

    Coucou !!! Je voulais juste dire que les paysages sont MAGNIFIQUES ! Une véritable invitation au voyage, et au silence (le blanc comme ça me fait vraiment penser à un endroit hyper calme). A bientôt !!

  • Reply Julie la Blogtrotteuse 1 mars 2019 at 16 h 25 min

    Comme elles sont belles tes photos ♡ Et ton texte si poignant, j’ai été transportée… Merci pour la découverte, je rêve encore un peu plus du Canada et se ses grands espaces grâce à toi.

  • Reply Benattou 5 mars 2019 at 21 h 44 min

    C’est la poésie sublime de la découverte, la course par étapes vers un bonheur que l’on sent à la fois proche et lointain. De belles photos…

  • Reply Mae 19 mars 2019 at 11 h 39 min

    On ressent le froid, le calme et le silence à travers ces photos, c’est magique ! Bravo pour ce très bel article <3

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