Au-delà du 55e parallèle, s’étend le Nunavik, la région la plus septentrionale du Québec. Quatorze communautés jalonnent la baie d’Hudson jusqu’à celle d’Ungava, tapissant ces grands espaces encore vierges et sauvages d’une toundra qui nous ferait presque perdre nos repères. Du blanc à perte de vue et une hospitalité inégalable, nous sommes partis explorer les confins du Grand Nord à la découverte d’un trésor bien caché : le Nunavik ! 

 

voyager au Nunavik en hiverExpédition grand nord Canada en hiver

 

Voyager au Nunavik en hiver

“C’est un voyage au Québec unique, hors des sentiers battus, qui met nos sens en exergue et défie notre imaginaire. Terre ancestrale des ours polaires, caribous, bœufs musqués et cétacés. Voyager au Nunavik est une aventure que l’on vit comme au travers d’un conte légendaire. Un voyage qui vient des tripes loin des tendances et voyages de masse que connait le tourisme actuellement. Un voyage qu’on ressent et qu’on vit avant de vouloir regarder. Au-delà d’un dialecte particulier et d’un isolement géographique, ce sont nos repères visuels qui sont entièrement bouleversés”.

J’ai découvert le Nunavik, ce grand nord québécois, ces terres de légendes où les esprits et les Inuits en sont les principaux et plus vieux occupants. Je suis partie avec un rêve à concrétiser et revenue en laissant un bout de mon âme quelque part entre l’immensité de la toundra et le village de Kangiqsujuaq. 

Le voyage commence à bord d’un avion de First Air puis d’un twin otter d’Air Inuit, à 1800 km de Montréal. Les arbres ont peu à peu rapetissé, laissant la toundra les dévorer. Nous sommes loin, très loin de ce qu’on s’imagine être encore à proprement parlé “le Québec”. Du blanc à perte de vue. Une ligne d’horizon qui nous ferait perdre l’équilibre et une immensité sans fin. Je survole à ce moment précis le Nunavik que de rares voyageurs ont pu explorer. Émue, je pose enfin mes grandes bottes sur ce Nunavik majuscule et absolu

30 avril. Une vieille dame vient nous “pick-uper” au micro-aéroport de Kangiqsujuaq. Quelques minutes de trajet plus loin, nous posons nos valises à la Coop du village. Face à nous l’immensité d’une baie. Une terre vierge, brute et grandiose. Il n’y a pas d’autre mot. On se sent tout petit derrière les grandes baies vitrées de cette coopérative. Attendant, promptement le lendemain et ce début d’une grande aventure. Je me suis l’espace de quelques minutes aussi, imaginé l’arrivée des premiers Blancs, appelés les Grands Sourcils, à travers le récit de Mitiarjuk Nappaaluk. Ce petit bout de femme, qu’on dit être du troisième sexe, auteure du roman inuit Sanaaq est née ici même à Kangiqsujuaq. 

Vous le verrez, ressentirez, on se sent tout petit au Nunavik. Pourtant, comme materné par cette nature qui nous enrobe à la fois violemment par le climat et chaleureusement par sa pureté, on revient de ce voyage, grandi. 

 

village de Kangiqsujuaq Nunavik au QuébecWakeham Bay, nord Québec

NOTE DE VOYAGE — Extrait de journal 07/05. «Je suis restée devant cette baie vitrée pendant de longues minutes. Au matin. En fin de journée. En pleine nuit quand je ne savais pas dormir. Jusqu’à y revenir au petit matin. Un cycle infernal. Je regardais cette baie comme une enfant qui trouve des réponses là où elle n’en avait jamais trouvé. Comme une enfant qui découvre enfin qui elle est. Ça peut paraître bizarre, ridicule, déplacé : je veux dire, je ne suis pas Inuit et je ne viens pas du Nunavik. Pourtant, pour la première fois de ma vie, j’avais un sentiment d’être à LA bonne place. Celle qui ME correspond. Là où je ME sens bien et où je peux juste être MOI. Savoir que les minutes étaient comptées m’arrachaient déjà le cœur comme un poignard qu’on enfonce lentement. Je suis partie parce qu’il le fallait, parce que je n’avais pas le choix, mais est-ce que tout mon être crié de l’intérieur pour rester là ? 

J’ai décidé alors de moi-même à moi-même que ce petit village du bout du monde serait comme une seconde maison. Un endroit dans le monde qui, le jour où je craquerai et serai au bord du précipice, serait là pour m’aider. Wakeham Bay.»

 

 

maisons colorées pays nordiquesKangiqsujuaq Nunavik Québec

 

La culture Inuit, unique !

Si Kangiqsujuaq, alias Wakeham Bay, est reconnu pour sa pêche à la moule très originale, ce sont les paysages de roc extraordinaires qui bercent le village que nous avons découvert. Des lacs par centaines. De petites montagnes désolées. Des mini-icebergs qui jonchent les trajets de skidoo. Succinctement nous avons traversé les lacs Kivinilik et Sanguipiluk, la pointe Akullvik, puis les collines de Kinngalik et Qingannguaq où, lorsque la neige n’est pas trop épaisse, il est possible d’observer des pétroglyphes de plus de 2000 ans. La journée s’est terminée par les passages de la pointe Slurartuuq, la rivière Lataille (où nous avons testé la pêche à l’omble chevalier) et la pointe Qullisalik. Une première journée intense qui a vu ronronner nos motoneiges sur plus de 140 km survolant ces amas de glace mouvante. Une première approche de l’histoire des Inuits, de la situation géographique unique du village. Un voyage initiatique conté par Jamie et quelques autres chasseurs nomades de l’Arctique.

Cette immersion en terre inuite avec Parcs Nunavik permet d’en apprendre un peu plus sur cette culture reconnue pour son respect profond de la nature, du partage de sa tradition et, chose que j’ignorais, d’un humour inattendu. J’y reviendrai dans un article spécialement dédié pour vous raconter les temps de chasse mais aussi cette fois où, tous ensemble et sous un vent violent, nous avons construit un igloo. 

découverte de la culture inuit au Québecpeuple Inuit Nunavik mode de viedécouverte du Nunavik, grand nordhistoire et culture Inuite du Nunavikci-dessus (bas à gauche) : initiation au Qulliq, lampe traditionnelle. (droite) : dépeçage et préparation des Aqiggi

 

Mais ce voyage au Nunavik en hiver était le prétexte d’une expédition pour découvrir, communément appelé l’Œil de cristal du Québec : le cratère de Pingualuit. Cette curiosité géologique, qui dit-on, serait source de l’eau la plus pure au monde est l’une des principales motivations d’un voyage dans le Grand Nord québécois. Une expédition de 5 jours en ski de fond nous aura permis de découvrir le silence éternel de la toundra. De braver une tempête. De faire quelques rencontres aussi, même si l’ours polaire tant attendu n’a jamais pointé le bout de son nez. 

 

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Splendeur au cratère de Pingualuit

 

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vue aérienne du cratère de Pingualuit en hiverPoint géologique — le cratère de Pingualuit, parfaitement circulaire, sa circonférence est de 9,5km et son diamètre 2,7km. 

 

 

 

 

Grandeurs du Nunavik,
pattern de blanc et de glace

 

Des champignons de glace, une toundra à perte de vue, du blanc qui nous brûle les yeux. Les paysages grandioses et démesurés du Nunavik s’étendent sur 443 685 km². Un terrain de jeu infini pour les aventuriers en soif de voyage hors norme. 

paysages du Nunavikexpédition parc national Pingualuit

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En écrivant cet article de blog sur le Nunavik, je crois que je ne me rends toujours pas bien compte de la chance, énorme, d’avoir pu réaliser ce voyage. Outre le fait de rayer une énième destination, c’est un rêve profond que j’ai pu réaliser, qui encore aujourd’hui me donne des frissons et des larmes aux yeux. Je me suis retrouvée là-bas. J’ai fait la paix avec moi-même. Je suis revenue en sachant ce que je voulais et ce que je ne voulais plus. Le Nunavik m’a profondément changée. Également, ma manière d’approcher la photographie. Là où certains pourraient dire que ces paysages restent monotones. La glace mouvante emballait mon œil à chaque coup de motoneige, à chaque rayon de soleil, à chaque détour sur ces routes rectilignes invisibles. Tout comme Willie, qui lui dégainait son fusil, j’étais prête avec mon boitier à immortaliser chaque seconde de cette incroyable épopée. 

Il y a eu ces parties de pêche et ces tournées en skidoo pour chercher le caribou. Ces soirées qui s’étendent jusque tard. Ces inukshuks qui nous ouvrent la route. Ce froid qui finit par ne plus nous surprendre. Ces sourires honnêtes par milliers. Mais je n’ai pas envie de tout vous raconter, car le Nunavik est un secret bien gardé (et qui doit surtout le rester).  

 

Préparer son voyage Nunavik — basiques pratiques :

Comment se rendre au Nunavik ?

Deux compagnies aériennes desservent le Nunavik (et par extension le reste de l’arctique canadien) : First Air (que nous avons pris pour rejoindre Kuujjuak depuis Montréal) puis Air Inuit pour rejoindre la communauté de Kangiqsujuak. Le Nunavik est accessible uniquement par voie aérienne. Bien que nous soyons toujours au Québec il n’y a aucune voie terrestre (ni ferroviaires) depuis le sud de la province, ni même entre les 14 communautés inuites.
Comptez un minimum de 600$ pour les billets d’avion depuis Montréal.

carte voyager au Nunavik

L’assurance voyage au-delà du 55° parallèle

Notre assurance voyage Chapka ne nous assurant pas au-delà du 55° parallèle (vérifiez-bien les conditions de vos assurances personnelles), nous avons fait appel à Airmedic qui assure le rapatriement et l’aide médical aéroporté partout au Québec ! Même dans les coins les plus isolés tels que le Nunavik. Vous avez le choix pour des forfaits de quelques jours, quelques mois ou à l’année (120$). L’assurance voyage est indispensable lorsque vous voyagez au Nunavik car vous n’êtes pas à l’abri d’un problème physique ou pire, d’une attaque d’ours. N’ayant ni hôpitaux, ni dispensaires, ni routes terrestres, le rapatriement en hélicoptère est alors la seule option. 

 

Sélection de livres 

Pour aller plus loin sur l’histoire du Nunavik et la culture inuite je vous invite à consulter différents ouvrages que j’apprécie beaucoup. Il y a d’abord Arvik, in pursuit of the bowhead whale de l’explorateur photographe Robert Fréchette qui a suivi une chasse à la baleine traditionnelle et vous explique toute l’histoire derrière (la typo et mise en page du livre sont superbes). Robert a d’ailleurs, après avoir vécu 15 ans au Nunavik été le premier directeur du parc national de Pingualuit. Le roman de Mitiarjuk Nappaaluk Sanaaq une référence de la littérature inuite. Enfin, plus léger mais qui en dit long sur la spiritualité du peuple Inuit, le livre Contes Inuit de la banquise de Jacques Pasquet. J’adore le conte qui raconte la naissance du narval (une mère qui aurait abandonné son fils aveugle, qui retrouverait la vue et la tuerait en la jetant dans la mer). Mais je vous laisse découvrir ces histoires inuites par vous-même). 

 

roman inuit Sanaaqlivre inuit Arvikcontes inuit de la banquise amazon

(gauche) Sanaaq de Mitiarjuk Nappaaluk — (milieu) Arvik ! In pursuit of the bowhead whale de Robert Fréchette —
(droite) Contes Inuit de la banquise de Jacques Pasquet

 

 

Combien coûte un voyage au Nunavik ? 

Cher … et c’est tant mieux ! Comme je le disais dernièrement sur instagram, le Nunavik est une destination qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. C’est un voyage qu’il faut profondément vouloir réaliser, anticiper et prévoir. Ce n’est pas un voyage qu’on fait sur un coup de tête en trouvant une offre à rabais. Le tourisme au Nunavik représente moins de 3000 voyageurs dont 700 qui se rendent dans les différents parcs nationaux. Ce qui, en comparaison de la superficie de la région, n’est rien du tout. 

Le réseau des hôtels des coopératives du Nunavik offre un hôtel dans chaque communauté inuite avec des prestations de très belle qualité. Grande chambre spacieuse, cuisine équipée, wifi.
Comptez environ 290$/chambre
Plus d’informations hotels@fcnq.ca

 

À qui s’adresse un voyage au Nunavik ? 

Le Nunavik est une destination confidentielle qui éblouira les amoureux de la nature encore sauvage et esseulée à la recherche d’authenticité en territoire isolé. C’est un voyage qui plaira également aux voyageurs qui s’intéressent à l’histoire autochtone du Canada. Le Nunavik est la preuve qu’il est encore possible de voyager hors des sentiers battus et de vivre des expériences uniques loin du tourisme de masse. 

Pour voyager au Nunavik il faut également être à minima débrouillard et surtout flexible. Car dans le grand nord canadien, toutes nos journées dépendent de la météo. Mais aussi parce que vous serez livré à vous-mêmes. Autre fait important : les fruits et légumes sont une denrée rare et chère au Nunavik (hormis à Kuujjuaq, la capitale où il est encore possible de trouver des prix raisonnables). Les rayons “sains” font pâle figure dans les coopératives des communautés. À Kangiqsujuaq, une salade et quelques citrons se bataillaient un rayon sans vie. Il faudra donc vous adapter à un régime très protéiné, basé sur la viande et le poisson.

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S’équiper pour le Nunavik

Le Nunavik étant une région reculée du nord du Québec, il est indispensable de prévoir en avance son équipement, matériel de randonnée mais surtout son équipement médical de base. Pour vous aider dans la préparation d’un tel voyage et notamment si vous empruntez le forfait expédition comme nous, je vous invite à consulter mon article dédié en cliquant ci-dessous.

équipement expédition Nunavik

 

Quelques mots d’inuktitut

L’inuktitut est la langue traditionnelle du Nunavik. Bien que les Inuits maîtrisent très bien l’anglais (et pour certains même le français), tout le monde communique en inuktitut. Je trouve cette langue fascinante et ai pris plaisir à en apprendre quelques subtilités. Je vous partage ci-dessous quelques mots de repères. 

ullakutbonjour 
atsunaiau revoir
sinitsialangavutitbonne nuit
qanuikkit — comment vas-tu ?
nakurmiik marialuk — merci beaucoup
ikkii — froid
uqquu — chaud
nalligivagit — je t’aime
Amélie nguvunga — je m’appelle Amélie

 


Mes mots ne raisonneront jamais assez fort pour vous dire Ô combien ce voyage m’a prise aux tripes et m’a bouleversée profondément. Je suis partie en voulant réaliser un rêve, je suis revenue avec un vieux goût d’inachevé en bouche. Je pourrai vous dire qu’on ne voyage pas sur ces terres de légendes sans finalement vouloir y revenir, car une espèce de magie en émane, vous englobe et vous hante. On ne peut pas voyager au Nunavik sans vouloir y revenir. C’est impossible. Une partie de moi veut garder cet endroit secret. Et je prie fort pour que le Nunavik reste une destination confidentielle et préservée. Les communautés autochtones ont déjà assez souffert (et souffre encore, mais c’est un autre débat) par le passé de l’arrivée des Blancs, cela me briserait le cœur de voir la région devenir une attraction de foire dans quelques années. 

En parallèle, mettre en lumière et vous raconter mon expérience me brûlait les lèvres. Ce voyage est aujourd’hui le plus beau que j’ai pu réaliser. Oui, je pèse mes mots. Ce n’est pas l’Islande, ni la Patagonie ou même encore l’Australie. Ce n’est pas le Groenland (que tout le monde rêve de voir à présent). C’est encore mieux. Outre les paysages (qui m’ont à chaque minute de chaque petit jour vécu sur place, fascinée), c’est une histoire humaine que je garderai au fond de mon cœur à jamais.

NAKURMIIK MARIALUK.

 

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Nous avons réalisé ce (superbe) reportage photo pour les Parcs Nunavik.
Notre liberté éditoriale, comme toujours, reste intacte.