À l’heure d’un confinement imposé dû à la pandémie du coronavirus, le “COVID-19”, le voyageur qui sommeille en nous subit un peu plus chaque jour ce manque de liberté et d’évasion. Et si nous profitions de ce temps imposé, pour remettre en question notre manière de voyager ? Reprendra-t-on les mêmes habitudes ? Allons-nous courir après les miles pour “rattraper le temps perdu” ? L’heure de la réflexion pour tous les amoureux de nature, de voyage et de découverte, est venue. Posons nous et réfléchissons pour un voyage plus responsable.



Le coronavirus ; une arme salvatrice

Les “bienfaits” de la pandémie pour la planète. Et après ?


On voit jaser ces derniers jours sur la toile des tweets bunch-line. “La nature reprend enfin ses droits” ou encore “le coronavirus est une bonne chose pour l’environnement”. Oui, mais jusque quand ? Oui, mais pour combien de temps ? Lorsque l’on prend du recul et qu’on étudie les comportements peu altruistes de ces dernières semaines, qu’adviendra t-il du tourisme lorsqu’il sera à nouveau possible ? Va-t-on réaliser que le coronavirus n’est finalement qu’un prémisse d’une alerte bien plus grosse dans laquelle nous entrons à pas de géant. Un vaccin ne suffira pas, lorsque nous aurons dépassé certaines limites irréversibles.

Moins de pollution aérienne et routière, détoxication sonore citadine, observation d’animaux sauvages en ville mais aussi sur les pistes de ski : les effets positifs qu’entraînent le coronavirus COVID-19 sur l’environnement sont déjà mesurables. Il suffit d’observer l’image satellitaire de la Nasa sur la partition des émissions de dioxyde d’azote drastiquement en chute libre depuis le confinement en Chine.

coronavirus pollution image nasa

Les images de la Nasa montrant la chute spectaculaire de la pollution en Chine


L’après coronavirus est déjà sur toutes les lèvres avec pour point d’orgue : l’économie (confondant tous secteurs d’activités). C’est ce qui effraie et interroge les scientifiques et écolos, notamment Petteri Taalas (secrétaire général de l’OMM) : Malgré les réductions locales de la pollution et l’amélioration de la qualité de l’air (…), le moment est venu de réfléchir à la manière d’utiliser les plans de relance économique pour soutenir la transition à long terme vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement et du climat.” Le gouvernement fédéral du Canada a annoncé le 19 mars mettre plusieurs millards de dollars pour soutenir les secteurs pétrolier et gazier. Le président tchèque quant à lui demande à l’Union Européenne l’abandon du Green Deal. Quid de Trump ..

Incendies d’Australie, cyclone au Mozambique, invasion de criquets ; les faits divers alarmistes sont devenus tristement courant. L’exemple le plus récent : ces essaims gargantuesques semant la zizanie sur l’Afrique de l’est. Un effet papillon du dipôle de l’Océan indien, conséquence d’un dérèglement des conditions météorologiques. Le scénario le plus terrifiant est pourtant seulement à nos portes et concerne la fonte du permafrost. Celui qui libèrerait des matières organiques âgées de milliers d’années que sont le carbone et le méthane. Les comportements pré-coronavirus des personnes se trouvant hors-Chine et ne prenant pas en considération l’ampleur de la situation, sous prétexte que “ce n’était pas chez moi”, m’ont laissés de froid et perplexe quant aux scénarios que l’on pourrait s’imaginer dans un futur proche. Malheureusement, tant que le problème n’est pas à notre porte, peu sont enclins à remettre en question leur mode de vie.

Pourtant, le coronavirus n’est qu’un symptôme de plus de notre vulnérabilité face à notre planète, celle que nous ne respectons plus, qui étouffe et crie à l’aide.

coronavirus-invasion-criquet-afrique-est

crédit photo : Ben Curtis

Nos gouvernements ont leur rôle à jouer c’est certain, mais ce ne serait que se détacher un peu plus d’un problème qui nous concerne tous. Car nous sommes tous bel et bien concernés par ce réchauffement climatique. Et s’obstiner à dire que nous avons les poings et mains liés c’est simplement rejeter le problème chez le voisin. Car oui nous pouvons tous profiter de cette parenthèse coronavirus dans notre vie pour faire le tri. Qu’est-ce qui est essentiel ? Mais aussi, par quoi pourrai-je remplacer tel ou tel besoin de manière à réduire mon impact environnemental ?






voyage-responsable-week-end-en-france

L’évolution du voyage

Le voyage démocratisé : de l’inspiration à la tendance

Surconsommation, pollution, incivilité, essoufflement des ressources naturelles, grignotage des espaces vierges, séquestration d’animaux sauvages .. autant de déviances témoins de l’expansion du tourisme des dernières années. L’ouverture des frontières et l’essor du trafic aérien avec des billets d’avion toujours plus attractifs ont facilité cette fenêtre sur le voyage. D’un sens, ce n’est pas une mauvaise chose car il est évident que le voyage ne pouvait rester plus longtemps le plaisir unique d’une certaine élite. Même s’il est certain que le voyage reste un hobby de privilégiés, même en 2020. Toutefois, ce cercle d’initiés a pu s’élargir et aujourd’hui qu’importe le statut social, tout le monde (ou presque) peu voyager en avion (N.B 4,3 millards passagers en 2018). Il n’y a qu’à regarder les prix des billets que la compagnie Ryanair propose et combien il est devenu facile de s’évader en weekend à Copenhague pour 15€ seulement.

Le voyage a toujours inspiré à la liberté, à l’autonomie, à l’ouverture d’esprit, à la rencontre de l’autre. Il y a encore une dizaine d’année, la plupart d’entre nous rêvait depuis son canapé au travers magazine, reportage TV et récits d’aventure. À l’ère des réseaux sociaux et de la démocratisation des liaisons aériennes, la conquête du monde est devenue à portée de main. S’en est suivi petit à petit l’envie de collectionner ces fameux tampons aux miles et une couleur. L’accumulation de destinations sur les biographies instagram montrent aujourd’hui, à l’instar des autres produits de consommation, que le voyage en est bel et bien devenu un. Ne cherchons pas de responsable car nous le sommes tous, à échelle variable, de cette évolution du tourisme (de masse). Nous avons tous un jour ou l’autre priorisé nos rêves et envies avant l’intérêt collectif. Les tendances instagram des photos stéréotypées sont le résultat de ce auquel nous nous comparons et voulons ressembler. Les photos qui se ressemblent parce qu’elles répondent à un besoin social de réussite et nourrissent le fantasme qu’il faut absolument aller dans telle destination. La frontière avec la simple inspiration est fine, pourtant nous sommes tous tombés un jour dans ce vice. Et ce n’est pas un défaut ; l’important étant de réagir tant qu’il en est encore temps.


Le mythe du voyage lointain

Les acteurs du tourisme doivent absolument réinventer les valeurs du voyage et cesser de le mettre en corrélation avec le rêve et la distance. Non, le nombre de kilomètres ne définit pas la valeur de votre voyage, ni même son degré d’exotisme. Les professionnels du tourisme doivent démystifier cette image qui nous dit “plus tu iras loin alors plus tu seras dépaysé.e”. Nous vivons dans un pays où la diversité culturelle est une réelle richesse. Même les amateurs de plein air peuvent profiter de GR de renommée mondiale. Le Tour du Mont-Blanc, le GR20 en Corse ou encore le GR34 en Bretagne. Si vous connaissez déjà la France, élargissez donc votre périmètre à l’Europe accessible entièrement en train et en ferry. Vous verrez combien il y a de quoi faire.

Il n’est donc pas question de ne plus voyager à l’autre bout du monde — bravo à ceux qui réussissent tout de même à tenir cette ligne de conduite — mais de restreindre nos vols long-courriers. De repenser notre façon de voyager pour qu’elle respecte au mieux notre planète.




Pour une démarche enfin plus écologique

Rappelons d’abord qu’est-ce qu’un “voyage responsable”. Bien qu’à la mode sur beaucoup de lèvres ces derniers mois, le tourisme durable ou responsable est pourtant une réelle solution dans le combat contre le réchauffement climatique. On dira donc, pour le définir brièvement, qu’il est la balance parfaite entre 1) avoir un impact positif sur les populations locales et 2) incidence minime sur l’environnement.

Voici ci-dessous une suggestion de ressources, exemples et conseils pour opter une démarche plus responsable pour vos futurs voyages. Profitez du confinement dû au coronavirus pour réfléchir à ces différentes options et n’hésitez pas à en apporter de nouvelles :

  • Privilégiez la proximité : en France ! Lorsque la pandémie coronavirus sera derrière nous, il sera plus que jamais important de prioriser nos voyages de proximité. Dans un soucis écologique, évidemment, nécessaire compte tenu des dérèglements climatiques toujours plus alarmistes. Mais aussi parce que se reposer sur une réforme gouvernemental n’est pas une solution ! Contribuons ensemble à notre propre économie en valorisant les acteurs locaux pour faire ainsi repartir le pays !
  • Inspirez-vous de microaventure en France avec Chilowé et Helloways !
  • Vous connaissez déjà très bien la France. Ok, élargissez alors vos voyages à l’Europe accessible en train et en ferry. Plusieurs options s’offrent à vous. Pourquoi ne pas envisager un road trip en van aménagé à travers l’Europe ? Le van est une bonne option pour voyager en toute liberté et combiner plusieurs pays en limitant son impact carbone. L’exploration ferroviaire avec les Pass Interrail est une alternative intéressante pour des city breaks. Certains voyageurs se lancent dans des voyages à pied, à vélo, en auto-stop .. et pourquoi pas vous ?
  • Vous souhaitez absolument voyager en Afrique, Asie du Sud-Est ou en Amérique Latine ? Tournez vous vers des agences responsables qui ont pris partie du tourisme solidaire en privilégiant le local. Renseignez-vous du côté des agences de voyage Double Sens et Nomadays par exemple.
  • Pour compenser l’effet tourisme de masse de certaines villes, tournez-vous vers les voyages nature. Les séjours privilégiant la marche à pied (ou tout autres moyens de locomotion non polluant : vélo, ski, raquettes ..). Pour vous aiguiller et vous inspirer voici quelques agences spécialisées dans les voyages outdoor : Terdav, Grand Nord Grand Large, Allibert Trekking ou encore Chamina.

Mise en garde toutefois : cette année le camp de base de l’Everest fut victime de son succès (à raison d’environ 50.000 visiteurs). Choisissez donc bien vos ascensions ou treks et privilégiez des voies moins populaires. Pour les aventuriers de l’extrême c’est dur de remettre une ascension à plus tard, mais si la nature est votre leitmotiv numéro 1 alors vous devriez réussir à mettre votre égo de côté.

  • Privilégiez des périodes longues. Si vous ne pouvez pas partir 3 semaines cette année, pourquoi ne pas remettre votre gros voyage à l’année d’après. Et profiter de cette année pour partir en weekend en France ?
  • Voyageons-autrement est une mine d’informations et offre beaucoup de ressources pour glisser pas à pas vers un tourisme durable.
  • La compensation carbone est une option à prendre en compte mise en place par certaines associations. Attention toutefois à la déculpabilisation qu’elle peut entraîner. Lorsque l’on pollue, on pollue, point. Ce n’est pas parce que vous compensez vos trajets que vous pouvez continuer les long-courriers chaque mois.

Calculez vos émissions de CO2 sur le simulateur de la Fondation Good Planet

  • Vous avez toujours rêvé de partir en croisière ? S’il-vous-plaît, plus que jamais, bannissez les paquebots. Cette hérésie écologique qui pollue et par la même occasion abime les fonds marins des ports où ces bateaux accostent. L’alternative est de faire une croisière en voilier, certes un peu plus coûteuse mais bien plus conviviale. Imaginez-vous être une petite dizaine sur un catamaran plutôt que 500 agglutinés sur le pont d’un gros navire polluant. Fin 2019 pour la première fois nous sommes partis une semaine en catamaran en Guadeloupe ; une expérience formidable. Regardez donc du côté de Sailsquare, Polar Sails ou GlobeSailor.
  • Nos comportements en voyage doivent être également remis en question afin de rester cohérent dans l’équation. Cela passe par diverses actions très raisonnables à mettre en place comme le choix de l’hébergement, l’achat d’une crème solaire respectueuse des océans, se prémunir d’une gourde et de paille filtrante pour éviter l’achat de bouteilles en plastique …
  • Un blog coup de cœur à contre-courant que je vous conseille : One Chaï. Depuis quelques années maintenant, Laurent voyage sans emprunter l’avion ; son blog est une mine d’inspiration pour vous prouver que tout est possible !



train montenvers Chamonix

Inspiration week-end à Chamonix

canal de la Marne au Rhin

Le tourisme fluvial ; pour découvrir la France et ses canaux






Les engagements à prendre

De notre côté, il nous semble primordial pour les influenceurs voyage, reporters journalistes ainsi que les offices et autres acteurs du tourisme d’opter pour un virage à 360°. Il est de notre responsabilité de véhiculer de nouvelles valeurs autour du voyage. Et ainsi trouver des solutions adaptées à nos différents médias afin d’inspirer nos lecteurs à la réflexion de nouvelles initiatives plus responsables. On ne peut pas continuer plus longtemps à dire “qu’on aime la planète” et pourtant la détruire !

Qu’en est-il pour nous et note magazine voyage HELLOLAROUX ? Nous continuerons de proposer des reportages engagés à l’image de nos convictions. Comme certains de nos pairs, en prenant du recul, nous remettons en question certains reportages réalisés qui ne nous correspondaient pas totalement. Nous souhaitons plus que jamais nous accompagner de partenaires qui ont à cœur de changer l’industrie du tourisme. Nous souhaitons redéfinir notre ligne éditoriale : plus outdoor, nature, basée sur le voyage d’aventure et sportif. Tout en gardant le volet des “peuples du monde” que nous souhaitons étoffer dans le plus grand respect des communautés que nous pourrons rencontrer. Nous souhaitons redéfinir les angles de nos articles : davantage d’information et d’inspiration avec des sujets de fond pour ne pas juste cocher les “spots incontournables” à visiter. Nous perdrons des lecteurs très certainement, mais c’est le prix à payer pour rester droit et cohérent avec nos convictions.

Sans donner de leçons — nous ne sommes, nous-mêmes, pas irréprochables — nous pensons qu’il est plus que temps de réfléchir collectif et d’œuvrer dans l’unique but de préserver ce qu’on aime le plus en tant que voyageur : la planète !



Vous avez des revues, des conseils, des ressources mais aussi des agences à nous recommander pour voyager de manière plus responsable ? Les commentaires sont ouverts :)